Comment les infections résistantes aux antibiotiques pourraient détruire notre mode de vie

Comment les infections résistantes aux antibiotiques pourraient détruire notre mode de vie
Le nouveau rapport présente une stratégie en quatre étapes pour faire face à la crise imminente de la résistance aux antimicrobiens. (Shutterstock)

Les défenses de l'humanité contre les infections s'amenuisent de jour en jour et les microbes responsables se renforcent.

Une infection sur quatre résiste déjà aux antibiotiques et à d'autres formes de traitement connues, et les Canadiens atteints de 5,400 sont décédés l'année dernière d'infections qui, jusqu'à une date récente, pouvaient être traitées. C'est selon un rapport complet revu par des pairs présenté par le Conseil des académies canadiennes cette semaine.

C'est à peu près le double du nombre annuel combiné de décès et d'homicides liés à la route au Canada.

Ces infections vont de la pneumonie aux infections des voies urinaires, du sang et de la peau. Et leur nombre augmente partout, alors que les transports internationaux transportent tous les microbes responsables des infections dans le monde entier.

Le rapport, Quand les antibiotiques échouent, a été préparé pour le gouvernement fédéral par un groupe d’experts. J'étais membre de ce groupe, présidé par Brett Finlay de l'Université de la Colombie-Britannique.

Il détaille l'impact de la résistance aux antimicrobiens (RAM) sur notre économie et notre qualité de vie, ainsi que sur notre santé. L’année dernière, AMR a réduit le PIB du Canada de 2 milliards de dollars; nous nous attendons à ce que ce chiffre atteigne quelque part entre milliards de dollars 13 et 21 milliards de dollars par 2050.

J'espère que ce rapport enfermera enfin la crise de la résistance aux antimicrobiens dans la conscience des décideurs et du grand public.

Les merveilles des antibiotiques

La bonne nouvelle est que le Canada est dans une position idéale pour détourner le monde de la catastrophe. Nous pouvons le faire si nous concentrons immédiatement nos formidables ressources sur le problème.

Un rassemblement scientifique international axé sur cette question, le Symposium 2019 Gairdner, aura lieu à l’Université McMaster le novembre 14-15.

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Sans antibiotiques, nous n'aurions pas la possibilité d'une chirurgie à cœur ouvert. (Shutterstock)

Il est impératif que tout le monde comprenne la gravité et l'urgence de la RAM. Le problème exige une action sur tous les fronts - de plus de recherche et d'utilisation plus judicieuse d'antibiotiques à plus de discipline se laver les mains plus souvent, rester à la maison quand on est malade et tenir nos vaccinations à jour.

Nous avons été utiliser des antibiotiques pendant près d'un siècleet ils ont vraiment fait des merveilles. Nous vivons beaucoup plus longtemps en moyenne à cause d'eux. À leur apogée, les antibiotiques virtuellement garanti un traitement pour tout, de l'angine streptococcique aux infections des voies urinaires. Sachant qu'ils étaient disponibles, les médecins ont été encouragés à faire des prouesses incroyables, y compris la chirurgie à coeur ouvert chimiothérapie anticancéreuse.

Les antimicrobiens ont rendu la société plus productive et ajouté des milliards à l'économie, nous donnant non seulement une vie plus longue, mais une meilleure.

13,700 plus de morts par 2050

Cependant, pendant toutes ces décennies de vies améliorées aux antibiotiques, les bactéries évoluaient pour dépasser chacune de nos avancées. C'était naturel et prévisible.

Les humains ont accéléré ce processus en utilisant des antibiotiques librement et souvent inutilement dans l'agriculture, la médecine et les soins vétérinaires. Plus nous en avons utilisé, plus les microbes se sont adaptés rapidement.

Au cours de la même période, nous avons compté sur les sociétés pharmaceutiques pour mettre au point de nouveaux médicaments afin de nous maintenir en bonne santé, ne réalisant pas qu’elles étaient peu incitées à remplacer les antibiotiques bon marché sur lesquels nous comptions. Créer et mettre sur le marché de nouveaux médicaments est risqué et extrêmement coûteux, et il y a eu peu d'incitation pour le secteur privé à relever ce défi de santé publique.

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Les bébés prématurés sont particulièrement vulnérables aux infections résistantes aux antimicrobiens. (Shutterstock)

Aujourd'hui au Canada, 26% des infections résistent au traitement antimicrobien. Ceux-ci incluent la pneumonie, les infections du sang et de la peau, les infections des voies urinaires et bien d’autres. Selon 2050, le rapport prévoit que 40 pour cent résistera, causant directement des décès évitables auparavant par 13,700.

Les hôpitaux seront débordés. Les patients en chimiothérapie dont le système immunitaire est détruit par le traitement seront presque sans défense contre les infections inévitables. La même chose sera vraie pour les bébés prématurés.

Les remplacements systématiques de la hanche et du genou ne seront plus disponibles pour que les Canadiens restent mobiles plus longtemps que les antibiotiques achetés pour eux. Le risque sera trop grand et nous vivrons dans la douleur et l’immobilité.

Ce ne seront pas seulement les malades et les handicapés qui souffriront. Ce sera tout le monde.

Discrimination, érosion des libertés civiles

Les coûts des soins de santé vont monter en flèche. La productivité et la qualité de la vie vont diminuer à mesure que la maladie et la mort ravagent la population.

Le rapport met en garde que le tissu social de la société canadienne pourrait s’affaiblir du fait de la discrimination à l’égard des personnes atteintes d’infections résistantes, de la réduction de la connectivité sociale, de la réticence à voyager et des appels à fermer les frontières du Canada.

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Le transport aérien transporte rapidement des microbes infectieux à travers le monde. Sur la photo, aéroport Trudeau, Montréal, juillet 15, 2019. LA PRESSE CANADIENNE / Ryan Remiorz

Comme l'indique le rapport, l'inégalité qui rend déjà les personnes marginalisées plus vulnérables à la maladie ne fera que s'aggraver à mesure que ceux qui peuvent se permettre de s'isoler le font, alimentant ainsi la peur et la méfiance.

Lorsque l'infection se développe, les libertés civiles peuvent être restreintes par la quarantaine. La confiance dans les hôpitaux et les soins de santé pourrait s’effondrer. Ce ne sont pas des menaces lointaines.

De l'innovation au contrôle des infections

Le rapport propose une solution logique en quatre parties à cette crise imminente.

La première étape est l’innovation - créer de nouvelles façons de battre AMR. La deuxième est l'intendance - être judicieux avec des traitements qui fonctionnent encore. La troisième, la surveillance, permet de suivre l'utilisation totale d'antibiotiques. Enfin, nous avons besoin de prévention et de contrôle des infections.

Nous avons un excellent système de santé public au Canada. Nous avons un système d'éducation public robuste. Nos institutions sont remplies de scientifiques, cliniciens, ingénieurs, économistes, sociologues, humanistes et autres qui peuvent ouvrir la voie à la sortie de cette crise pour le monde - si nous travaillons tous ensemble.

Premièrement, nous devons tous comprendre et accepter ce qui se passera si nous ne le faisons pas.

A propos de l'auteur

Gerry Wright, professeur de biochimie et de sciences biomédicales, Université McMaster

Cet article est republié de La Conversation sous une licence Creative Commons. Lis le article original.

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